WISE SPIRIT l Sorcière, sorcière prend garde à ton derrière !

Sorcière par ici, sorcière par là, vous en avez certainement croisée une ces derniers temps. Quelles sont les problématiques que soulève cette figure et pourquoi son retour en force aujourd’hui ? Il n’est pas étonnant de voir ressurgir ce personnage à une époque de bilan historique, politique et écologique, où il est temps, selon l’expression d’Isabelle Stengers, de se demander comment « fabriquer de l’espoir au bord du gouffre ».

Plusieurs textes importants venus des pays anglo-saxons, et récemment traduits en français, évoquent la figure de la sorcière.

Liées au mouvement pour la santé des femmes dans les années 70, Barbara Ehrenreich et Deirdre English, dans « Sorcières, sages-femmes et infirmières. Une histoire des femmes soignantes », enquêtaient déjà sur les racines historiques de la professionnalisation masculine et sexiste du corps médical.

Dans les mêmes années, avec « Rêver l’obscur – Femmes, magie et politique » Starhawk, militante altermondialiste et pacifiste, revendique une pratique politique et écologique liée à une nouvelle spiritualité féminine.

« Caliban et la sorcière » de Silvia Federici, est un essai majeur qui revient sur le caractère massif, et non anecdotique, de l’extermination des sorcières, en y introduisant la perspective particulière de l’histoire des femmes, à l’orée d’un monde où des mil­lions d’escla­ves ont posé les fon­da­tions du capi­ta­lisme moderne.

Tous ces livres, parmi d’autres, proposent une relecture féministe de l’histoire en s’appuyant sur cette symbolique de la sorcière, fantasmée et déformée par ses persécuteurs ou réinvestie et assumée par des mouvements de santé et d’écologie féminines. Le mythe même de la sorcière est né à une période cruciale qui aura de nombreuses conséquences économiques et écologiques sur notre monde actuel : la fin du féodalisme et le début du capitalisme. Le temps des bûchers correspond en effet au temps de l’expropriation de la terre (la fin d’un usage collectif de la terre vers un rapport de profit) et de l’expropriation de la connaissance (montée du professionnalisme dont les femmes, autrefois savantes empiriques, furent exclues).

Si la figure de la sorcière suscite malaise et ricanement, il a été choisi par de nombreuses femmes pour revendiquer et réinventer (“reclaim”) “un monde soumis à une culture qui ne supporte que les mots abstraits, séparés de tout affect comme de leurs conséquences”(1).

Retrouvez le podcast de Lauren Bastide WW qui s’entretiendra avec Mona Chollet pour son livre “Sorcières, la puissance invaincue des femmes” paru aux éditions La découverte.

 

 

 

 

  1. Émilie Hache dans son introduction à “Reclaim. Recueil de textes écoféministes”, choisis et présentés par elle, aux éditions Cambourakis.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *