ANOUK
FERAL


Jury Appel à Projet 2022












Une interview d’Emmanuelle Hutin



J’ai une gratitude particulière pour Anouk. A la fin de l’interview, je lui ai demandé des recos de films des années 60/70 pour les besoins d’un livre. Elle m’a conseillé l’INA :  la révélation ! J’ai découvert des pépites d’émissions et de documentaires.



Comment as-tu connu Wise Women ?
Je connaissais Séverine Redon par des amis communs, elle m’a fait rencontrer Jeanne Holsteyn qui m’a proposé de rentrer dans les Wise Women.
Ce qui m’a donné envie, c’est le contre-pied féminin à une pratique masculine très forte. Il y a 13 ans, j’ai eu l’occasion de travailler sur le documentaire « La Domination Masculine », du cinéaste belge Patric Jean. C’était en 2009 donc bien avant #Metoo, la question de l’égalité était beaucoup moins dans les débats de société. Je m’étais rendue compte que dans toutes les entreprises il y avait des groupes de femmes mais qui étaient complètement invisibilisés, sous-terrains. Je trouve ça bien de renforcer cette pratique.



Tu as des attentes particulières de la part de Wise Women?
Il y a quelque chose qui m’attire naturellement parce que je me reconnais dans ces femmes qui travaillent toutes dans des métiers de la création. Aux premières réunions Wise Women, j’avais l’impression d’avoir en face de moi des interlocutrices intelligentes et éclairées. Ça m’a séduite. C’est un gain de temps de ne pas avoir à expliquer entre nous des choses qu’on a déjà toutes métabolisées. C’est une vitalité. C’est comme un repère.
Et encore, j’ai un lien récent et malheureusement un peu lointain à mon goût avec Wise Women, je ne suis pas souvent disponible pour les diners, mais il y a une nouvelle dynamique qui me plait. J’aimerais bien que ça se renforce encore.
Le mot Wise me donne l’impression qu’on a une sorte d’auto-conscience et de notre statut de femmes et de notre place dans la société injustement inégalitaire.
Ce sont des questions qui m’ont toujours profondément intéressées. Ma mère, ultra féministe depuis très longtemps, m’a offert Le Deuxième Sexe (Simone de Beauvoir) en 1994, j’avais 14 ans et ça m’a ouvert les yeux de façon irréversible. Je voyais bien qu’il y avait des profonds dysfonctionnements à chaque endroit, dans chaque domaine, privé, intime, publique, culturel, politique… c’est un monde fait par et pour les hommes, point final. Pour déconstruire ça, il y a du boulot.



Tu fais partie du jury Cinéma et Musique de l’Appel à projets ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans cette action ?
Les prévenir !
(Rires bien sûr, j’adore cette réponse)
On gagne beaucoup de temps à voir des gens qui te déflorent un peu ton regard. Après tu as la maturité de comprendre ou pas. Tu peux comprendre des années après, mais peu importe, ça aura été dit, et compris. Même tard.
L’année dernière on m’avait proposé d’être une des personnes avec qui la lauréate pouvait avoir des entretiens.  J’ai eu plusieurs conversations avec Cléa Arnulf sur le projet pour lequel elle a gagné. J’ai aussi participé aux actions avec l’Assoc Rêv’Elles. J’ai été hyper agréablement étonnée de la qualité des jeunes filles de 18-20 ans que j’ai trouvées très mures, très futées.
Ce qui m’intéresse c’est la transmission de manière générale, je me mêle toujours de ce qui ne me regarde pas et je veux toujours changer tout le monde. Je suis hyper interventionniste, dès que ça me dérange, je le dis. Je piaffe quand je ne donne pas mon avis, surtout sur les sujets du féminin, de la domination masculine, etc. qui m’intéressent profondément.
J’essaie de leur éviter des pièges, les prévenir, les rassurer.



Tu as eu des figures féminines de mentor qui t’ont aidée ?
Dans la vie privée, familiale, amicale, oui, dont ma mère. Mais dans la vie professionnelle, non.



Quelles sont tes activités ?
Mon métier c’est comédienne. Je suis arrivée à Paris à 17 ans pour faire des études de mode à Duperré, que j’ai arrêtées au bout d’un an pour faire une fac de cinéma. Je me suis inscrite à une école de théâtre, les Cours Florent, en 1998. J’ai commencé à travailler comme comédienne mais ça a été hyper dur pendant une dizaine d’années.
L’écriture est très présente dans ma vie depuis quinze ans. J’ai été journaliste de cinéma en presse écrite pendant 10 ans. Ensuite j’ai découvert le métier de scénariste. J’ai fait l’atelier scénario de la Fémis en 2017-2018.
En ce moment, je suis dans la série de Florence Foresti « Désordres » qui est diffusée sur Canal +. Je tourne en décembre dans une nouvelle série pour Disney + qui s’appelle « Tout va bien », c’est une série chorale écrite par Camille de Castelnau sur une famille dont les dysfonctionnements sont mis à jour par la maladie d’un enfant. C’est avec Nicole Garcia, Bernard Le Coq, Virginie Efira, Sarah Giraudeau, Aliocha Schneider. Le scénario est superbe.
En parallèle, je suis en développement de mon premier film, « Gueuler », un court-métrage qui parle de la famille.
Je donne aussi des formations en entreprise en prise de parole en public et je contribue à la revue thématique Mémoire Universelle en tant qu’autrice.



Ton dernier coup de cœur cinéma ?
J’ai énormément aimé « Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski. C’est déjà un classique ce film



C’est-à-dire ?
Il traite pleinement son sujet de façon à la fois hyper classique, hyper universelle, totalement intemporelle. Le film aurait été vivace il y a quarante ans et il le sera plus tard. Tu as l’impression d’assister à du grand cinéma américain. Comme Kramer contre Kramer est le film de divorce, là c’est le film du statut de belle-mère. C’est assez fou.
La réalisatrice expliquait qu’elle avait eu envie de faire un film sur la figure de la belle-mère parce qu’elle n’avait jamais vu à l’écran un film sur le sujet, qui lui apporte des angles de réflexion ou de réponse à ses questionnements en tant que belle-mère elle-même. Ce qui revient à la question du regard, à la caméra essentiellement tenue par les hommes…
Il y a quelques années j’ai joué au théâtre dans « Elle revient » de Sol Espeche, l’adaptation d’un téléfilm sur la relation mère-fille, « Strangers, The story of a Mother and Daughter », totalement méconnu et pourtant avec Gena Rowlands et Bette Davis, un casting exceptionnel. On a voulu regarder d’autres films sur le sujet mère-fille mais il y a en a très peu !



Trois femmes que tu aimerais ou aurais aimé rencontrer ?
Simone de Beauvoir quand même
Alice Guy, (première réalisatrice de l’histoire du cinéma, productrice, scénariste, totalement effacée de l’histoire du cinéma.)
Anaïs Nin
Et la femme qui a posé pour L’Origine du Monde, qu’est-ce qu’elle s’est dit pendant toutes ces heures ?
Dans les contemporaines, Valéria Bruni-Tedeschi, Michelle Obama, Jane Fonda.
J’aimerais rencontrer aussi toutes les « femmes de », toutes les femmes des puissants, ça m’intrigue de comprendre comment vivent ces femmes. On dit toujours « Derrière tout grand homme se cache une grande femme » Je crois pas mal à cette phrase, et je suis toujours plus intriguée par celle qui est derrière que par celui qui est devant.



Moi ça m’intrigue de voir Anouk jouer et encore plus de retrouver un jour son regard singulier, drôle et percutant dans son premier film.