CAPUCINE
GOUGELET





APPEL À PROJETS 2021
CATÉGORIE / MUSIQUE & CINÉMA
PROJET / FLAT STORY

Une interview d’Emmanuelle Hutin






J’arrive comme « une bleue » au rendez-vous avec Capucine, je ne connais pas grand-chose au cinéma et encore moins à l’animation. Par exemple, aucune idée des formations possibles, on reprend donc à la base.



Capucine Gougelet

J’ai commencé à étudier l’art appliqué et le design dans le nord à l’ESAT (Roubaix), j’ai enchaîné avec un DMA, diplôme de métiers d’art sur le cinéma d’animation (devenu récemment DN MAde). Cette formation-là est spécialisée dans la 2D et dans le dessin animé. Même si c’est une formation de qualité, je trouvais cela un peu court donc je suis partie un an en Norvège pour une formation en animation. Puis l’ENSAD (École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) pour un master cinéma d’animation. Pour la dernière année, j’étais à Tel Aviv où je réalisais mon court-métrage de fin de cursus tout en prenant les cours à distance. J’étais à la fois suivie par les profs de l’ENSAD et par la production à Tel Aviv.



Comment as-tu entendu parler de l’Appel à projets de Wise Women ?
Par Instagram. Le projet était aussi relayé par la responsable des post-études de L’ENSAD. J’ai bien aimé qu’il y ait plusieurs catégories pour l’appel à projets, qu’il puisse y avoir plusieurs disciplines et des échanges potentiels entre les disciplines. J’ai ensuite découvert les autres activités de Wise Women.



Quel projet as-tu présenté ?
Flat Story est un projet de vidéo, je ne sais pas encore si ça va devenir une web série ou un court-métrage. Jusqu’à présent, j’ai fait beaucoup d’animations qui étaient peu parlantes et surtout dans la composition de l’image. Maintenant je m’intéresse à ce qui est parlant et à l’archive sonore. Flat Story est l’idée est d’aller interroger les habitants d’un même appartement, de croiser tous les témoignages des différentes époques d’un même lieu, de le faire vivre à travers le temps. C’est un film basé sur le sonore et sur le réel.
L’idée vient d’une histoire personnelle : mon père s’est retrouvé dans sa ville natale, il y a croisé plusieurs amis dont un qui l’a invité à dîner dans sa nouvelle maison. La maison en question était celle de ses grands-parents dans laquelle il a grandi et qu’il pensait ne plus jamais revoir. Petit à petit, il a replacé des souvenirs dans les différents espaces de la maison. J’ai trouvé ça super fort et émouvant. Finalement, qu’est-ce qu’on partage avec les gens avant nous et après nous dans un même lieu ?
Avec ce projet, j’aime bien l’idée d’être dans le documentaire. L’animation amène quelque chose de sensible, d’intime au réel. Et le réel donne de la spontanéité, de l’inattendu à l’animation qui, elle est très préparée, très calibrée.



Qu’attends-tu de Wise Women pour ce projet ?
J’ai un deuxième projet sur lequel je travaille en ce moment : faire des portraits de nail artists et questionner le nail art.
Pour ces deux projets, j’ai dû aller interroger des gens. Et je me suis rendu compte que je n’avais aucune technique journalistique. Donc j’ai besoin de conseils sur cette pratique. Également en suivi d’écriture de projets. J’aimerais bien avoir de l’aide aussi pour la distribution du film, d’ici un an ou deux.



Quel type de profils parmi les Wise Women aimerais-tu rencontrer ?
Des journalistes, des scénaristes, des personnes qui suivent les appels à projet permettant le financement ou qui soient au courant de projets qui pourraient faire des passerelles avec l’animation. Par exemple, mon dernier film a été projeté à la Villette à côté d’autres installations dans le cadre de 1000% L’EXPO. J’essaie de sortir du domaine de l’animation pure qui est assez niche.



Au-delà de ton projet, de quoi Wise Women te donne envie ?
Je suis intriguée par le projet avec Rev’Elles, j’aime bien l’idée d’aller à la rencontre de jeunes filles. Wise Women peut aussi amener des collaborations au niveau de la création, de la technique.
Je connais assez peu le monde professionnel, mais comme il n’y a que des femmes, il y a peut-être des énergies différentes. Tous mes projets précédents ont été faits avec des femmes et à chaque fois ça s’est super bien passé.



(Info au passage qui a bien fait sauter un de mes a priori : dans les études d’animations, il y a une majorité de filles !)



Ma question sur ses références cueille Capucine à froid. J’adore découvrir les influences qui composent les univers des autres, mais c’est vrai que cette question est dure. J’ai toujours beaucoup de mal moi aussi à piocher dans toutes mes lectures, à trouver « des livres références ». Ça dépend tellement des époques, des sujets ! Quelques heures après l’interview, Capucine m’envoie par mail sa réponse, je ne connais aucun nom, une belle occasion de découvrir un autre visage de l’animation, au-delà de Miyazaki. 
Pour ce qui est des références, j'avais parlé des films à "système" comme ceux de Boris Labbé et Georges Schwizgebel que j'aime beaucoup pour leur travail de construction et leur rapport image/musique-son. Je me sens également proche de films et d'univers qui invitent de l'absurde et du surnaturel pour parler de sujets de société actuels comme Limbo Limbo Travel de Borbála Zétényi et Zsuzsanna Kreif, Enough d'Anna Mantzaris ou encore Le repas dominical de Céline Devaux. Je pense que ces deux approches se mêlent dans mes productions.



Quel est ton programme pour cet été ?
Je pars deux mois à Tel Aviv pour le projet de film Flat Story. Il y a beaucoup d’inspiration Bauhaus dans l’architecture de la ville qui résonne bien avec mon univers graphique.
Je vais commencer à enquêter, enregistrer, récolter de la matière pour monter ensuite le dossier de financement.



Je quitte Capucine en me réjouissant d’avoir découvert un autre monde, bien décidée à parler à ma fille de la richesse de son parcours, de son enthousiasme et de sa détermination à monter ses propres projets.