CORALIE MARABELLE

« Mon métier c’est d’habiller les femmes qui osent taper du poing sur la table »






Une interview d’Hélène Altmann




Coralie Marabelle a un nom de scène. C’est du moins ce que j’ai longtemps cru avant qu’elle ne s’amuse à me dire le contraire. Pourtant, quel nom parfait pour une marque de mode qui part du principe que toutes les femmes ont besoin de se sentir fortes pour être belles et doivent oser pour s’émanciper !

Nous avons rendez-vous dans un café à côté de son atelier. Il y a du bruit et des travaux, alors ce sera à son atelier, au sein de la Fédération du PAP. Toujours une joie d’aller là, et de découvrir l’antre de la création. Dans le bureau-atelier de Coralie, il y a un stockman, des rouleaux et des rouleaux de tissus, une machine à coudre, des piles de dossier, un portant encombré de pièces, une jolie lumière et une machine à café. Coralie, qui est maman pour la deuxième fois depuis mai -bonjour les nuits courtes- commence par le café.



Si on faisait comme si on ne se connaissait pas ?
Je suis Coralie Marabelle, créatrice de la marque éponyme (NDLR eh oui, pour de vrai). J’ai la chance de faire le meilleur métier du monde. Par où commencer ? J’ai toujours voulu être créatrice. Au collège je dessinais des lignes de sacs que je vendais aux copines de ma mère ! A l’époque où je passais le baccalauréat mes parents ont divorcé. Je me suis jurée que je serais toujours indépendante et autonome toute ma vie et j’ai donc fait une école de commerce pour assurer mes arrières et voyager. Mais ma place était dans la mode, je voulais être créatrice alors j’ai trouvé un stage chez Hermès (époque Jean Paul Gaultier). J’étais stagiaire styliste chez Hermès avant de commencer mes études au studio Berçot. C’était génial parce que j’ai appris le métier avant de faire l’école. J’avais fait le concours Elle solidarité mode qui m’a permis d’obtenir une bourse à Berçot. Puis j’ai enchaîné, Margiela à la ligne artisanale et Alexander McQueen.


Tu voulais dès le départ lancer ta marque de mode ?
J’ai toujours été entrepreneure dans ma tête. Chez Margiela j’avais créé une marque de colliers pendant je travaillais. J’ai toujours eu un side project mais je ne savais pas à quel moment je me lancerais. Alors je suis rentrée dans les grandes maisons pour apprendre.


Et il y a eu le Festival de Hyères…
Oui ! Chez McQueen je m’étais un peu oubliée tellement il y avait de travail. J’avais tellement appris que je voulais faire quelque chose de personnel. Mais j’avais besoin d’une deadline pour sauter le pas. Il y avait le festival de Hyères que j’adorais : parfait timing !
Je postule, j’ai comme cela une pression pour finir mon portfolio. Et je pensais trouver ensuite un travail dans une grande maison. Sauf que… j’ai été prise à Hyères !



J’aime bien le “sauf que”
Mais oui parce que j’étais en plein process de recrutement ! Je me suis retrouvée à dire non à de belles maisons parce que j’étais prise à Hyères et que c’était un rêve pour moi. J’étais tellement dans mon projet personnel que j’ai refusé 2 CDI.


Pas facile.. ou inconscient ?
C’était physique en fait. Mon instinct me disait que je ne pouvais pas passer à côté. Il fallait que je le fasse et j’avais besoin de me montrer ce que je valais.


Hyères c’était en 2014. Tu as gagné le PRIX DU PUBLIC
Ça a été un coup de projecteur incroyable et un formidable accélérateur.
Naturellement j’ai commencé à avoir des demandes de free-lance, des collaborations avec La Redoute par exemple. Tant que je gagnais ma vie j’enchaînais. Ce qui est drôle c’est que les gens pensaient que ma marque existait déjà.


Explique-moi. Les gens qui postulent ont souvent déjà leur marque et participent avec la collection qu’ils ont déjà créée. Moi j’ai postulé avec des croquis et une seule silhouette réalisée. Quand j’ai appris que j’étais finaliste, j’avais donc un mois et demi pour faire les 6 autres silhouettes ! On a travaillé comme des fous !



C’est la Fédération de la couture qui t’a proposé de rejoindre le designer appartment à l’époque ?
Oui ! Là aussi je me suis dit go ! J’ai donc eu 3 mois pour présenter ma première collection Coralie Marabelle en février. Je me suis lancée. C’est allé beaucoup plus vite que ce que je pensais : en 2016 ma marque était lancée.



Quelle était ton envie première ?
Je voulais un projet très créatif inspiré de valeurs humaines. Un projet responsable et couture



Il y avait des matières que tu aimais bien travailler ?
Déjà les matières 100% naturelles, laine, coton, soie, pas de matières synthétiques. Ma première collection n’était pas la meilleure. Je l’ai présentée pendant la PFW. J’ai gagné en notoriété et en 2017… première boutique Canal Saint Martin. On voulait se rapprocher de notre clientèle. J’avis le besoin d’avoir un feedback et voir comment mes clientes portaient mes pièces. Arriver à comprendre le juste milieu entre créatif mais qui reste facile à porter. Voir les pièces portées sur des morphologies différentes m’a beaucoup aidée. C’était une belle période.



Et ensuite tu as eu de la chance ?
Oui, le bail de la boutique s’est terminé juste avant le covid. On voulait déménager… on a quitté la boutique 15 jours avant le covid.



Tu as une bonne fée ?
Oui avec le loyer on n’aurait pas tenu. C’aurait peut-être été la fin…  Et puis on a fait le programme Talents de la fédération. C’est un accompagnement qui t’aide à te structurer et travailler.



Comme l’appel à projets de Wise ︎?
Quand tu as des experts qui t’aident à tout ce que tu ne sais pas faire, c’est extraordinaire. Ca a été une année intense : il faut accepter de s’ouvrir, de se remettre en question. Avoir ta marque t’oblige à être bon en tout :  c’est impossible.



Aujourd’hui tu es entièrement digital ?
Oui je préfère. Les mentalités ont changé. Plus de boutique, mais on reçoit les clientes qui le veulent ici en rendez-vous. Elles sont ravies de nous rencontrer. Le covid a tellement changé les manières de consommer, tout est encore incertain. Mais le digital permet de toucher de nouvelles personnes par exemple en Corée, en Allemagne, on touche la terre entière !



Que recherchent tes clientes ?
Elles veulent des pièces qui les mettent en valeur, dans lesquelles elles se sentent différentes et qui ne soient pas des basiques. Des pièces en petite quantité et faites dans le respect des matières. Il y a un côté exclusif, presque unique.



Aujourd’hui tu as des envies pour les prochaines collections ?
J’aime la maille et j’ai envie de la travailler parce que c’est une matière extensible qui s’adapte aux différentes morphologies. Quand tu viens d’avoir un enfant, le corps est up and down, tu fais le yoyo et les pièces qui s’adaptent sont un plus. Tout ce que je crée doit être créatif mais facile à porter. Se sentir fortes, donner confiance et oser. Passer outre les conventions et les générations de nos mères qui en ont été victimes. Je veux casser ces codes et aider les femmes à s’imposer et oser être elle-même.



Il n’y a plus le côté séduction dans la mode ?
La beauté est subjective. Est-ce que toi tu te sens belle ? Cela dépend des jours. Alors donner le pouvoir aux femmes c’est autrement plus important. Savoir dire non, savoir gueuler », c’est ça mon métier : habiller les femmes qui gueulent !
Dans ma dernière campagne j’ai shooté 10 femmes différentes à qui j’ai demandé de crier. Une journée ensemble, un moment spécial. Oser danser, crier, danser, s’exprimer, poser. Être soi-même. Ce n’est pas si évident que cela.



Chez Wisewomen on a à cœur de valoriser les femmes.
Un club de femmes dans la mode et la culture cela me correspond tout à fait. Ma première sortie chez Wise a correspondu avec ma première sortie post bébé et j’étais ravie. Rencontrer de nouvelles personnes et échanger, c’est une façon d’élargir son horizon. Et puis partager son temps, son expérience, mettre en relation des gens, c’est une autre façon de créer. Et de grandir.