ÉLÉONORE
GRIGNON



APPEL À PROJETS 2020
CATÉGORIE / ÉDITION ET MÉDIA
PROJET / ARTÈRE
Interview par Hélène Altmann





De la terre au ciel.

J’ai rendez-vous avec Éléonore Grignon. Elle va me parler d’Artère, le media qu’elle compte lancer en 2021. Ce qui frappe en premier quand on rencontre Éléonore, même par zoom, c’est son sourire qui semble avoir avalé sa frange courte. Cette fille est lumineuse, et sait parfaitement ce qu’elle veut. Et qu’elle veut en premier, c’est s’engager et créer. Ou créer en s’engageant, car la vie d’Éléonore est faite de croisements. Comme Eéléonore est jeune et paraît encore moins que son âge, je vais commencer par le début.


D’où venez-vous Éléonore ?
J’ai grandi en Bretagne. Puis je me suis évadée. J’ai fait une formation d’Arts Appliqués en design textile à Roubaix. Depuis toute petite je suis très attirée par le textile : mes deux grands-mères étaient couturières. J’ai grandi entourée de coupons de tissus. Je voulais devenir designer textile mais une fois en formation, je me suis vite rendue compte que je n’étais pas alignée avec ce qu’on me proposait. J’aime bien aller au cœur des choses et savoir par exemple comment est fait le tissu sur lequel je travaille. Comme la formation ne correspondait pas à mes attentes, je suis allée aux Beaux-Arts de Marseille. Mon diplôme Arts en poche je me suis mise à mon compte il y a deux ans.


De la Bretagne au nord, puis au Sud, vous êtes un oiseau migrateur. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Je suis free-lance. J’écris pour des media indépendants comme Regain, le Journal du Thé. Je coordonne des projets artistiques, par exemple la résidence d’artistes La Folie Barbizon. Je suis ravie de l’équilibre que j’ai trouvé entre ces différentes formes d’activités.


Et c’est au milieu de tout cela que vous est venue l’idée d’Artère ? Cela fait deux ans que j’avais envie de monter quelque chose. Mon propre magazine, ou du moins une édition. Les choses se sont tissées petit à petit. Je voulais un media global et actif, qui relie l’être et le faire. Le moment où tout s’est déclenché, c’est quand j’ai réalisé que j’avais en tête toute une série de sujets ou d’interviews croisés entre un artiste et un paysan, une professeur de yoga et une philosophe, et que l’angle n’intéressait pas les supports pour lesquels je travaillais. J’avais de plus en plus de sujets en tête, de plus en plus envie d’en faire quelque chose…


Quel a été l’élément déclencheur de la création du média Artère ? Le nom ! Je me suis toujours dit que quand j’aurais le nom, je passerais à l’acte. L’idée du nom m’est venue naturellement. Tout est parti de là. Par définition, Artère, du latin « arteria « est un des vaisseaux à ramifications divergentes qui, partant des ventricules du cœur, distribuent le sang à tout le corps. J’ai choisi Artère pour sa relation au vivant, sa sonorité, et l'idée sous-jacente de ramifications, de racines, du parcours du vivant et de l'impermanence des choses.


Cela semble simple quand on vous écoute. De la théorie à la pratique, du nom au projet, comment les choses se sont -elles mises en marche ? J’ai contacté une amie rencontrée au début de mes études, Adèle, designeuse graphique. Je savais déjà en la rencontrant que nous ferions quelque chose ensemble. J’ai travaillé sur le sujet avec elle. Un deuxième graphiste est venu, avec son regard. L’année 2020 s’est passée à identifier tous les sujets pour qu’ils prennent vie pour le premier numero.


Un écosystème, ou mieux, un univers en soi. Racontez-nous comment vous voyez Artère. Quel en est le manifeste ? Artère, c’est un media engagé, artistique, sensible et spirituel. L’approche est globale et pluridisciplinaire. Artère c’est déjà un magazine papier, parce qu’il est important de pouvoir transmettre un objet, de partager. Ce sera aussi un podcast auto-produit, pour donner voix à des penseurs, des artistes, des paysans, des philosophes. Une façon de prolonger le magazine aussi. Et enfin Artère ce sera une plateforme web qui reliera toutes les étoiles de la constellation.


Le financement est une des pierres maîtresse de l’édifice. Comment l’envisagez-vous? J’y ai pensé dès le début bien sûr. Je ne voulais pas demander à des journalistes, graphistes et contributeurs de travailler gratuitement. Il faut donc des fonds. Au départ,  je n’étais pas partante pour le crowfunding. J’avais des idées préconçues. Je pensais que dans le domaine de l’art le crowfunding ne serait pas très bien vu. Là encore, c’est une rencontre qui m’a fait changer d’avis. La campagne de financement n’est pas encore lancée mais ce que je sais déjà,  c’est qu’une partie des fonds financera le numéro 1 et une partie du 2. Ce ne sera pas assez. Alors en parallèle je chercherai des fondations et du mécénat.


A quelle fréquence sera publié Artère ? Une fois par an pour commencer. Je veux prendre le temps. Etre dans la philosophie du magazine.


Encore une question technique : pour la distribution comment faites-vous ? J’ai déjà un réseau de librairies identifiées dans toute la France. Je n’ai pas pour le moment les moyens de passer par un réseau de distribution.


Le bébé pèse combien ? 150 pages. 3Une équipe de 30 personnes a minima. 20 sujets environ. Un beau bébé.


Justement le cœur du sujet : que va-t-on trouver dans Artère ? Des interviews croisées bien sûr ! Plus généralement, du spirituel, de l’ecologique, de l’artistique. Faire un magazine pour réfléchir, collaborer et agir. Relier les êtres humains ensemble, faire se rencontrer des sensibilités différentes. Ouvrir les horizons.


Et le podcast ?Vous y avez pensé dès le début ? Je suis plus familière du format papier que du podcast mais le podcast a pour lui de nécessiter moins de financement. Je ne me sentais pas la légitimité de le faire au départ. Alors j’ai laissé cela infuser pendant le confinement. J’en avais assez d’être tous les jours devant les écrans pour le travail. Le magazine s’est imposé en premier mais je voulais le podcast pour ouvrir, pour donner une version sonore du magazine. Mais pas que. En fait je veux tout, pas pour avoir tout mais pour pouvoir explorer le plus possible. Mais il faut trouver un équilibre. Je voudrais des workshops autour des thématiques, que tout s’articule. Pourquoi pas une résidence d’artistes dans un territoire rural en travaillant avec des acteurs locaux ? Mais chaque chose en son temps. Prendre le temps, c’est important aussi.


Comment avez-vous fait la connaissance de wisewomen ? J’avais repéré au printemps 2020 le compte sur Instagram. Quand j’ai eu vent de l’appel à projets je me suis dit que c’était exactement ce qu’il me fallait. C’était un moment où je menais tout toute seule. C’était très chronophage parce que j’étais seule face à moi-même et je voulais mettre en perspective mes questionnements. Faire des croisements, encore. Wisewomen peut m’apporter tellement dans mon cheminement.


Une dernière question, pour nous faire patienter avant le lancement d’Artère. Dans le premier numéro, parlez-nous d’un sujet qui vous tient à cœur J’ai fait la connaissance au Palais de Tokyo d’une artiste, Clémence Genatio. Je l’ai rencontrée car elle faisait une méditation guidée avant une exposition. Grâce à elle, petit à petit, le public se trouve coupé du monde extérieur. L’exposition est vue avec un autre œil. Un autre état d’esprit. Plus spirituel c’est le cas de le dire.  Le spirituel n’est pas pour moi rattaché à un courant religieux mais plutôt à la façon dont on aborde les choses. Une ouverture d’esprit telle que le yoga, la méditation le permet. L’ancrage et l’élévation.


La terre et le ciel. Et entre les deux, une Artère. Une ligne de vie.


PS une artère a des ramifications. Vous ne serez donc pas surprise d’apprendre qu’Eléonore m’a envoyé, le lendemain de l’interview, une liste des livres qui sont sur sa table de chevet. Liste non exhaustive bien entendu.


- Lettres à un jeune poète, Rainer-Maria Rilke, Les Cahiers Rouges, Grasset - La perfection inhérente à la vie, Agnès Martin, Beaux-Arts de Paris éditions
- Le cercle vertueux, Nicolas Hulot et Vandana Shiva, Domaine du possible, Actes Sud : Les Liens qui libèrent
- Anaïs s'en va-t-en guerre, Anaïs Kerhoas, éditions Équateurs
- Nos cabanes, Murielle Macé, éditions Verdier
- La convivialité, Ivan Illich, éditions du Seuil, collection Points
- Psychologie de l'inconscient, C.G Jung, livre de poche
- La permaculture, une brève introduction, Graham Barnett, Résilience, Les Éditions Écosociété - Patience dans l'azur, l'évolution cosmique, Hubert Reeves, éditions du Seuil - Penser comme un arbre, Jacques Tassin, Odile Jacob, essais - le sommet des philosophes, Herman de Vries, par Anne Moeglin-Delcroix, Fage éditions