EMMANUELLE HUTIN


“Construction d’une femme”


Une interview de Helene Altmann




INTERVIEW EMMANUELLE HUTIN WISE WOMEN –  13 DÉCEMBRE 2022


Emmanuelle et son allure de danseuse. Elle arrive au café, silhouette moitié Chanel moitié Rock, et c’est parti pour deux heures de conversation à bâtons rompus autour de l’écriture, du style, des femmes. Magneto ☺

J’ai l’impression qu’il y a plusieurs Emmanuelle…

Tu as raison, ma vie s’organise autour de 3 pôles. L’écriture (NDLR elle a sorti son premier livre, La Grenade, chez Stock en 2021), le style, le yoga.

Y a-t-il un point commun dans tout ça ?

Les femmes. Le parcours, la construction des femmes. Mon premier livre était une autofiction. Sur mon expérience personnelle de femme. Dans mon dernier poste chez Chanel, l’expertise style, j’écrivais des discours d’événements à destination des femmes. J’étais toujours en contact avec des femmes. Cet exercice m’a plu. Quand j’ai quitté Chanel au bout de 15 ans, j’avais besoin de continuer à écrire. Cet acte de création me correspond complètement. J’ai fait mon livre, comme on fait un enfant. Quand j’ai eu mon livre entre les mains, cela a été un choc. Et les rencontres avec les lecteurs, le plus souvent des lectrices, c’est un cadeau formidable.

Tu continues de travailler dans la mode ?

Oui je continue à animer des événements de style pour les clientes en boutique. Je leur explique comment s’approprier des silhouettes, composer avec des pièces. Comment la mode permet de se construire. Aide les femmes à se révéler. Les mots permettent de faire exister des concepts. Construire une théorie du style. Je fais également des formations sur le style, par exemple l’accessoirisation, la morphologie.

Tu travailles pour des marques ?

Oui en ce moment pour Dior par exemple. En fait ce qui est fou c’est que c’est mon livre qui m’a ouvert les portes de la mode. Les marques m’appellent depuis que j’ai fait mon livre. Et j’adore parce que cela te fait sortir de chez toi, tu fais le pont entre plusieurs disciplines.

Tu es aussi professeure de yoga ?

Oui, pour la Fondation des Femmes. Encore une histoire de femmes. J’étais dans une école de filles, je travaille avec des femmes. J’ai testé aussi des cercles de femmes…

Raconte…

Les cercles de femmes sont inspirés de la culture américaine. Des femmes, régulièrement, se retrouvent entre elles, dans la nature,  dans des tipis. Une envie de se retrouver. Ce sont des cercles de paroles. Tu ne réagis pas à ce qu’on dit, ce n’est pas une discussion. Tu reçois les paroles des autres. On se rend compte que toutes les femmes souffrent en général pour les mêmes raisons, même si les histoires sont différentes.

Ces femmes viennent d’horizons différents aussi ?

Oui, tous les milieux sociaux, toutes les histoires sont différentes. J’ai fait cette expérience pour un livre et cela m’a touchée. On se rend compte que les femmes ne s’aiment pas assez.

Et ne se sentent pas à la hauteur ?

Oui il y a quelque chose dans le fond qui ne change pas. Les femmes n’osent pas. C’est un problème récurrent. C’est quelque chose qui m’anime. A travers la mode, le yoga, on peut s’approprier son corps.

Le yoga tu en fais depuis longtemps ?

Depuis que j’ai quitté Chanel. Je ne pensais pas forcément devenir professeure mais j’aimais l’idée que ce soit mon engagement à moi pour les femmes. Alors j’ai fait une formation. Et je donne des cours dont toute la recette va à la Fondation. On pourrait faire un cours de yoga wisewomen d’ailleurs.

Justement, Wisewomen. Je ne te demande pas pourquoi alors ?

Je n’y suis pas depuis longtemps. Ce sont des amies qui y étaient déjà (Elsa Janssen et Laurence Alvart) qui m’ont donné envie de faire partie de Wise Women. Rencontrer du monde c’est important quand tu es solitaire. J’aime la solitude pour mon travail mais il ne faut pas que cela devienne une mauvaise habitude. Je lis beaucoup de biographies d’artistes femmes et cette sensibilité d’artistes me plaît. Chez Wise il y a beaucoup de femmes dans l’art, alors me voilà !

L’idée de transmettre quelque chose aux générations futures te parle-t-elle?

J’ai participé à Rev’elles l’an dernier et j’ai beaucoup aimé. Écouter des filles qui sortent de l’école, voire des lycéennes, qui sont très curieuses et débutent dans la vie, c’est très touchant.

Tu as été motivée par l’appel à projets ?

Beaucoup, même si ça m’impressionne parce que je ne me sens pas capable de juger. Mais j’aime cette idée de découverte. Je suis passionnée par les jeunes filles. Après 40 ans les femmes se rapproprient un peu leur vie. Tu es plus sur ta singularité à toi. Mais les jeunes filles (NDLR Emmanuelle a une fille de 15 ans) sont un nouveau monde.

Par exemple ?

L’épilation ! Elles ont un look très étudié, très codifié mais ne s’épilent plus. Pour une fois, le changement va vite. Une façon de se réapproprier leur corps? Le look aussi. Totalement différent de notre génération. Par exemple la mini-jupe ! Elles ne se posent pas de question sur la minijupe alors que nous, on se demandait avant si on pouvait en mettre une selon l’endroit où on allait, la circonstance, les gens etc…. Elles, elles y vont carrément. Et ce n’est ni vulgaire ni agressif. J’aimerais apprendre d’elles leur liberté. Nous on était conditionnées par les magazines féminins.

Et elles par les réseaux non ?

Oui sûrement ! Mais elles ont un regard plus critique que le nôtre. Cela dit il y a tellement de codes aujourd’hui. Mais elles tracent leur route. Elles ont une énergie.

Le yoga répond à cette énergie du féminin ?

Dans le yoga on est entre femmes sans se juger. Il n’y a pas de rivalité. D’ailleurs chez Wise on pourrait faire ça. Mettre au point des rencontres pour s’aider en demandant des choses précises. De petits coups de pouce ou du mentoring. S’aider, s’épauler. Ça on sait le faire alors on peut le faire grandir. D’ailleurs j’avais travaillé avec Maroussia Rebecq. Elle m’avait demandé et cela s’était fait naturellement. J’aimerais que Wise puise m’apporter ce côté-là aussi de la sororité.

Message reçu. Emmanuelle reprend sa route, ses projets, son écriture.
NEWSLETTER

DEMANDE D’ADHÉSION ︎