CROISÉE




MAROUSSIA REBECQ

SÉVERINE REDON








Alors qu’est-ce que c’est que cette histoire de dîners de femmes ? Vous n’imaginez même pas les fantasmes que ça véhicule. On vendrait sa mère pour savoir ce qu’il s’y dit ! Il parait, d’après ce qu’on raconte, qu’il y aurait déjà une centaine de Wise Women. Cultiver le secret ça fait partie du jeu pour vous ? Mais s’agit-il seulement d’un jeu ?


MR : Pour moi, effectivement les dîners de femmes étaient un fantasme, “moitié goudou, moitié gourou”. J’ai toujours aimé la force énergétique que pouvait dégager un projet tourbillonnaire qui impliquerait des femmes que j’aime et que j’admire. J’ai cherché à m’impliquer dans des réseaux pour voir ce qu’il s’y tramait, mais ça me semblait toujours trop corporate, trop loin de ma communauté, Wise Women est un cercle de femmes faisant partie de la culture et la création, nous sommes le miroir les unes des autres dans ce que nous avons construit, ce qui nous rend de fait, intéressées et solidaires. Si le jeu implique la notion de plaisir et de hasard, oui nous jouons ! En tous cas, nous faisons partie du game !
SR : C’est ça Wise : le jeu du hasard et le plaisir de l’entremise, rires et sourires à la clé ! Des femmes inspirantes et stimulantes, un casting top canon et la magie du get together !



Un tourbillon ?! C’est assez parlant effectivement. Je me demandais justement quel genre d’énergie se dégageait de ces rencontres. Concrètement vous vous racontez quoi dans ces réunions ? Et pourquoi à table ? Vous auriez tout aussi bien pu vous enfoncer dans des fauteuils club avec un bon cigare et deux doigts de whisky…

SR: Le repas à partager est très important dans nos soirées Wise Women. Il s’agit de s’asseoir et de prendre le temps de l’autre. En revanche, 30 femmes par dîner c’est une énergie puissance mille qui détonne, un vortex d’énergie diffuseur de joie ! Quant aux discussions, carte blanche, open bar, sujets libres !
MR: Un doigt, non merci je ne fume pas ! À la Villa Rose, l’espace rythme le format de la soirée, pour rebondir sur ton image on est beaucoup plus virevoltantes que bien calées ! La rencontre se fait comme ça ! Après le repas, chacune est libre de renouer contact, le projet de news permettra de créer du lien, valoriser les projets, proposer des rendez-vous hors des dîners.





Plutôt un groupe joyeux, donc. Mais Wise Women, ça évoque plutôt une certaine forme de sagesse, de connaissance et d’expérience au féminin. Comment vous est venu ce nom au départ et comment vous l’entendez aujourd’hui ?

MR : Moi je dirais avoir entendu le mot Wise Women dans une conversation quand j’étais post-ado, je l’ai gardé au fond de moi, comme un mantra. L’utiliser pour définir la communauté que nous créons aujourd’hui, c’est lui donner cette force spirituelle.
Wise Women représente pour moi l’ambivalence entre la sage femme et la sorcière, l’ancestral et l’hyper tendance, l’occulte et le lumineux, la jeune et la vieille ! Le groupe est d’ailleurs trans-générationnel à ce jour, la plus jeune a moins de 30 ans et la plus âgée plus de 70 ! Et si la sagesse était quelque chose qu’on acquiert avec le temps, j’adore cette idée qu’aujourd’hui le rapport puisse aussi être inversé, dans le sens où les plus jeunes détiennent une autre forme de savoir-faire à enseigner aux plus âgées…

SR : J’ai adoré l’idée de Wise Women, des femmes pas vraiment sages, gentilles sorcières aux pouvoirs magiques et bienfaiteurs.
Si on est une centaine aujourd’hui, des Wise Women il y en a bien plus que ça, et l’agrandissement de la communauté ne peut être qu’un bienfait !




Je me disais d’ailleurs que ce qui est intéressant, c’est qu’aujourd’hui le 8 mars — journée de la femme, bien vu les filles ! — votre projet n’en est pas à ses balbutiements. Était-ce un choix d’officialiser le réseau plus tard ?

SR : Le projet s’est construit de fil en aiguille de manière improvisée depuis juin 2017 et l’enthousiasme du premier dîner a été prolongé par le second et ainsi de suite. Wise Women se veut souple et en mobilité, ouvert aux propositions de chacune. Le 8 mars journée internationale des femmes est aussi mon anniversaire alors… Je trouve ça chouette qu’on puisse lancer cette news aujourd’hui !
MR : Il y a dans ce cercle un jeu entre le privé et le public. Si on aime le côté exclusif et mystérieux des rendez-vous, j’avoue qu’on se poste toujours un peu sur les réseaux les jours de fête… Nos intentions se mettent en place sans se presser, et oui, on officialise symboliquement Wise Women aujourd’hui pour marquer le coup d’envoi.





Comment avez-vous choisi les premières invitées et comment s’expriment-elles ? Comment peuvent-elles contribuer ?

SR : Quand l’idée de Wise a germé, nous avons eu envie de proposer à des amies de se joindre à nous. Charlotte Ardon, Laure Flammarion et Anne Racine ont ainsi été les premières à rejoindre l’aventure et à devenir elles-mêmes hôtes du dîner, permettant ainsi d’ouvrir des cercles dans le cercle. Depuis Lauren Bastide, Emily Marant, Élodie Dufour, Christine Phung, Armel Soyer et Patricia Romatet ont également joué le jeu de l’invitation. Nous espérons que l’enthousiasme ressenti va se transformer en émulation à communiquer, partager et imaginer ensemble. La force du groupe n’est plus à démontrer. La news et le site pourraient devenir une opportunité, une plateforme d’échanges, de partage de bons plans, de savoirs-faire.
MR : C’est toujours cool d’être invitée à dîner pour rencontrer des femmes du même cercle créatif ! Nous discutions justement dans le dernier dîner de notre posture mondaine, le F.O.M.O, the fear of missing out, ou J.O.M.O, the joy of missing out… quelle est la vôtre ? Plus qu’une simple bouffe sympa, le challenge de Wise Women aujourd’hui est de créer l’engagement, de faire vibrer le cercle, qu’il s’étire et se densifie comme un dessin au spirographe…



Et d‘ailleurs comment vous êtes vous rencontrées toutes les deux ?

SR : Au pied d’une tour à la Défense ! A l’époque je travaillais pour un groupe de communication et j’avais appelé Maroussia pour imaginer un projet avec Andrea Crews. Le projet ne s’est jamais fait mais je l’ai rappelée un peu plus tard, une fois Artdicted créé, pour lui proposer d’assurer la DA d’un festival que je montais dans le sud de la France… Après « Dance on the beach », d’autres collaborations nous ont réunies à Paris, jusqu’à l’ouverture du Cœur, ce project space hybride dans le Marais.
MR : Ça fait presque dix ans qu’on se connaît avec Severine, nous avons monté ensemble plusieurs aventures, nous avons traversé de multiples états ! Ce qui nous lie fondamentalement c’est notre engagement pour l’Art, l’Innovation, l’Entrepreunariat, et la Joie que nous procure le fait de monter des projets extra-ordinaires comme celui-là.





Pour finir sur une petite note d’anticipation suivie d’une balade dans le futur, décrivez-moi les WW dans 1 an … dans 20 ans ! Et dans 100 ans ?

SR : L’avenir le dira ! Wise Women sera ce que chacune en fera. C’est une page blanche. De notre côté, nous aimerions vraiment trouver les moyens de construire un vrai programme de valorisation des femmes dans la culture, imaginer une édition de portraits de femmes, une bourse à projets, une journée type symposium ouvert à tous y compris aux hommes, créer des passerelles avec des initiatives similaires à l’étranger … bref … les idées ne manquent pas mais Wise reste un side project pour nous …
MR : Les Wise Women seraient plurielles et internationales. Sur le site nous allons créer une rubrique ou nous parlerons des initiatives d’autres femmes de par le monde, j’espère que dans 20 ans nous aurons pu échanger avec les brodeuses du Pakistan, des activistes du Soudan ou des chamanes Améridiennes….