LIGNES
DE
VIE





#TALK








Le 8 mars dernier, Wise Women et Thanks for Nothing s’associaient à l’occasion de la Journée Internationale des femmes pour « Lignes de vie », une série de tables rondes réunissant des femmes inspirantes de diverses générations, invitées à raconter leurs choix, les rencontres déterminantes et la place de la transmission dans leurs cheminements. Rendez-vous était donné à la Base, lieu engagé pour la justice climatique et sociale.

Découvrez ici le panel de nos invitées et contributrices.


1ER PLATEAU



Pour le 1er plateau organisé par Thanks for Nothing, Marine Van Schoonbeek réunissait des femmes engagées, initiatrices de projets à impact sociétal ou environnemental, l’occasion d’illustrer la valeur de l’art comme outil d’engagement.



Marine Van Schoonbeek

Présidente et co-fondatrice de Thanks for Nothing.

Femme de conviction, Marine co-fonde en 2017, Thanks for Nothing qui mobilise le monde de la culture en organisant des événements artistiques et solidaires ayant un impact concret sur la société.
Son parcours la mène à la FIAC, au Centre Pompidou-Metz et à la direction de la Galerie Chantal Crousel. Puis, elle organise la vente aux enchères «We Dream Under The Same Sky» au profit des réfugiés qui lèvera plus de 2 000 000 d’euros, prémices de la naissance du fond de dotation Thanks for Nothing.


Laura Salas Redondo 

commissaire d’exposition indépendante, ambassadrice du projet Troisième Paradisde Michelangelo Pistoletto.

À l’occasion de la Nuit Blanche 2019, en co-production et à l’invitation de la Cité des sciences et de l’industrie, que Thanks for Nothing présente une programmation artistique et solidaire autour de l’art et l’environnement et collabore avec Laura et la Fondazion Citta dell’arte autour des œuvres engagées de Michelangelo Pistolleto.
« L’idée du Troisième Paradis est de ramener l’artifice — qui est la science, la technologie, l’art, la culture et la politique — à la Terre, en engageant le rétablissement de principes communs et un comportement éthique, dont dépend le succès réel du projet. Le Troisième Paradis est le passage à un nouveau niveau de civilisation planétaire, indispensable pour assurer la survie de la race humaine. Le Troisième Paradis est le nouveau mythe qui conduit tout le monde à prendre une responsabilité personnelle en cette conjoncture mémorable. Le Troisième Paradis est symboliquement représenté par une reconfiguration du signe de l’infini mathématique. »
Il s’agit en réalité du manifeste écrit par l’artiste italien Michelangelo Pistoletto, diffusé à partir de 1994. Cet ouvrage est basé sur la définition de trois types de paradis : le paradis naturel, le paradis artificiel et enfin la recherche d’une convergence entre nature et artifice pour passer à un nouveau stade de civilisation. « C’est à travers ces initiatives artistiques et sociales que l’art entre au service de l’humanité, et a le pouvoir de créer des ponts entre les cultures avec des actions concrètes. C’est un travail de recherche artistique, un projet unique et complémentaire porté par une conscience sociale, politique et philosophique. »
« Développer une démarche active au service de l’humanité, susciter des discussions, engager des réflexions sur notre rôle en tant que professionnel·les de l’art, et les engagements sociaux que nous voulons avoir » « Le symbole du Troisième Paradis, c’est le passage à un nouveau niveau de civilisation planétaire pour assurer la survie de la race humaine. À cette fin, nous devons tout d’abord reformer les principes et les comportements éthiques qui guident notre vie commune. »


Marie-Sophie Eiché Directrice de la galerie Kamel Mennour depuis 20 ans.
Co-fondatrice avec Jérémy Demester de l’association Atoké-Les enfants de Saint Dominique, elle concilie art contemporain et engagement personnel.

Créée en 2019, l’association a pour but de venir en aide aux enfants de l’orphelinat Saint Dominique situé dans le village d’Azowlissé dans la région de l’Ouémé au Bénin.

C’est au cours d’un voyage au cœur de la vallée de l’Ouémé à 2h30 de Cotonou que Marie-Sophie Eiché a le déclic. La visite d’un orphelinat en difficulté, où elle trouve des enfants aux larges sourires mais atteints de paludisme et de malnutrition sévère, l’amène à bouleverser sa vie et à s’engager activement en créant cette association qui veille au quotidien sur les enfants grâce aux dons.

︎︎︎ www.helloasso.com/associations/association-atoke-les-enfants-de-saint-dominique



Stéphanie Rollin artiste du duo Brognon-Rollin.

Stéphanie nous parle de l’œuvre « Le Chemin de Oum Hani » réalisée en collaboration avec la Halte des femmes de l’Hôtel de Ville.

« Le chemin d’Oum Hani, c’est un néon qui présente la ligne du destin nichée dans la paume d’une femme sans domicile que nous avons rencontrée à La Halte des Femmes de l’Hôtel de Ville de Paris. Maintenant souple et organique, détourné de son minimalisme habituel, le néon démontre l’identité du modèle à travers ces lignes isolées et monumentales. Présentée comme un ex-voto, elle semble défier un destin tracé et tenter d’éviter le cours des choses. »

L’œuvre est a été généreusement offerte par les artistes et voyagera dans les centres d’hébergement de la Ville de Paris.

Stéphanie Rollin affirme que « L’engagement en tant qu’artiste permet aussi de donner un point de vue décalé et de sensibiliser à travers d’autres médiums. Les projets comme celui-ci font de nous en quelque sorte des porte-voix, et nous permettent d’associer notre travail à une cause que l’on soutient — l’avantage c’est que notre engagement perdure dans le temps, avec cette pièce que nous avons conçue par exemple, qui voyage dans les centres comme un symbole ».

Le duo d’artistes Brognon Rollin présente sa première exposition monographique muséale « L’avant-dernière version de la réalité » au MAC VAL Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne jusqu’au 30 août 2020.


Eugénie Lefèbvre
Directrice générale des Magasins Généraux.

Étendre les territoires et les champs de la création

« Les Magasins Généraux est un centre de création du grand Paris qui a été créé par l’agence de publicité BETC. Il est né d’une envie d’élargir le champ de la création au grand public, ouvert à tous, avec une programmation gratuite. »

Les Magasins Généraux ont été conçus comme un lieu que s’approprie les habitants de la grande ceinture, permettant d’avoir un rôle dans la société en ancrant le bâtiment dans le territoire, faire du Grand Paris un endroit de profusion créative et offrir à d’autres publics l’accès à une programmation culturelle pointue et gratuite.

« Notre but c’est d’initier des projets très connectés à des tendances sociales et sociétales en mettant toujours la création au cœur et en créant des projets auxquels sont associés des artistes, des créateurs de tous horizons mais aussi des marques, des entreprises, des associations locales, le privé et le public…»





2E PLATEAU



Pour le second plateau « Parcours atypiques », Lia Rochas-Pàris, artiste et fondatrice des éditions Parties Prises était invitée à faire dialoguer les chemins non linéaires de trois femmes, qui au gré de leurs choix, de leurs convictions et d’un peu de hasard, se sont nourries de leurs expériences riches et formatrices pour transformer le cours de leur vie.


Lia Rochas-Parisartiste, entrepreneuse et commissaire d’exposition.

Lia Rochas-Paris, reine de l’interviews romans-photos avec la série et édition  « café matinal », elle expose également de nombreux artistes à travers ses « Shelves project ». Elle fonde en 2019 Parties Prises, maison d’éditions créatives et nous confie… que « toute création se présente comme un puzzle dont chaque pièce tient une place essentielle. » Cette vision l’a menée à considérer le processus créatif comme partie intégrante de la compréhension d’une œuvre. Chaque élément constituant une source d’inspiration trouve sa place au sein de Parties Prises.


Violeta Sanchez artiste performeuse et mannequin.

« Un chemin de coïncidences troublantes et d’accidents heureux »

C’est ainsi que Violeta définit son parcours, une suite de rencontres successives et fortuites qui dessineront son chemin qui l’amène « un peu par hasard dans le monde de la mode et du mannequinat ».

En même temps que de suivre ses cours à la fac, Violeta se voit proposer des petits rôles au théâtre par son entourage : elle accepte sans grande conviction mais l’univers lui plait. Puis de fil en aiguille, à l’occasion d’un diner, elle se retrouve assise aux côtés d’un homme qui lui propose de faire une séance de photo de nu. Violeta accepte pour finalement se rendre compte qu’elle pose devant l’objectif d’un photographe qui n’est autre qu’Helmut Newton.

Un peu plus tard, un coup de téléphone va l’orienter vers un monde qu’elle ne connait pas bien : la maison Yves Saint Laurent, qui lui propose de poser pour la haute couture. Elle refuse mais se voit invitée à assister au défilé. Puis, c’est « le choc esthétique, de découvrir des vêtements qu’on ne voit jamais nulle part, j’ai eu comme une révélation… je n’avais rien vu de comparable, d’aussi beau, alors j’ai foncé. Un parcours jonché de petits cadeaux que vous fait la vie, à saisir et transformer, pour s’élever ».S’ensuivra une longue carrière chez Saint Laurent.

« Ma vie n’est faite que de ces hasards, de ces étranges coïncidences ».




Andrea Olga Mantovaniécologiste et photographe

« avoir le courage de pousser des portes »

Après un parcours en lien avec la nature et l’environnement, des études de géographie et des expériences professionnelles dans les ONG internationales, Andrea met de côté sa passion pour la photographie et atterrit chez Brico Dépôt, une entreprise dans laquelle elle exerce le poste de responsable du développement durable. « Ma vie se résumait aux tailleurs et aux présentations powerpoint ». Un remaniement d’équipe, une surcharge de travail, un burn out, l’opportunité de bifurquer, de replacer la photographie au cœur de sa vie.

« Il faut passer par des étapes, difficiles, formatrices, pour prendre conscience, se mesurer, et avoir de la clairvoyance pour arriver à un point harmonieux, choisi ».

Andrea voyage désormais à travers le monde en travaillant sur des questions environnementales et sociales. Croisement entre un documentaire et un travail d’auteur, elle travaille pour la presse internationale, des projets personnels et part à la rencontre de cultures différentes et de communautés en marge.

Marine Neuilly, ancienne membre du groupe Les Plasticines et fondatrice de La Chatte de Francoise.

« Comme une ligne de vie, se laisser porter par les opportunités et voir où elles nous mènent »

Fondée en 2013, La Chatte de Françoise a commencé comme un nom de DJ et s’est depuis développée en une marque de vision créative. Celle-ci intègre désormais des activités de  direction artistique, de musique, de mode et d’édition. Marine crée également des produits uniques, notamment des zines, des t-shirts, des culottes, des préservatifs et bien plus encore, avec un accent sur la mode lente, des projets réfléchis et des conversations inspirantes.

« La Chatte De Françoise, c’est un environnement intime pour des collaborations passionnantes et une célébration de la femme moderne. »




3E PLATEAU



Hommage au mentoring pour le 3ème plateau ! « Mentors et Mentorées ».

Maroussia Rebecq, artiste et fondatrice d’Andrea Crews, soulève la question de la transmission sous toutes ses formes, inter-générationnelle, sororale, et indispensable à la construction d’une trajectoire personnelle. Elle en témoigne par son propre parcours de mentor et de mentorée avec la complicité de Jeanne Queheilard et de Gypsy Ferrari.



Maroussia Rebecq
Artiste entrepreneuse, fondatrice du collectif et marque de vêtements Andrea Crews, Maroussia Rebecq a investi la mode en tant qu’activiste il y a 15 ans.

Déjà concernée par la manière de transformer la mode, elle a fait de l’upcycling sa marque de fabrique et son identité.

Pour Maroussia, la mode n’est de toute façon qu’un prétexte pour prendre la parole ou la donner. Elle partage d’ailleurs aujourd’hui sa vision et son savoir-faire à l’école gratuite Casa 9.3, entre deux projets ou… deux bébés.

Elle co-fonde Wise Women. « La transmission est absolument nécessaire dans un contexte de design social : comment on construit le monde et quelles sont les choses à disposition pour proposer des solutions ou mener des actions innovantes et réjouissantes pour construire un monde meilleur et faire société ensemble.
La transmission a beaucoup évolué, notamment avec la révolution informatique : maintenant ce ne sont plus les anciens qui apprennent aux jeunes mais les jeunes qui apprennent aux anciens, c’est une nouvelle génération de transmission.
L’histoire de la vie c’est l’échange, le mentoring et le reverse mentoring. »


Jeanne Queheilardthéoricienne et critique de design, membre de l’Aica, professeure aux Beaux-Arts de Bordeaux.

Suite à ses études en psychologie clinique (3ème cycle, Bordeaux II, 1976), elle a exercé comme psychologue clinicienne. À partir de 1985, elle développe des réflexions critiques et de recherche sur le design. Jusqu’en juin 2015, elle enseigne la culture du design et participe à des ateliers de recherche à l’école des beaux-arts de Bordeaux. Là-bas, elle dirige un séminaire sur les relations de l’art, de l’architecture, du design et de l’industrie selon des thèmes comme les usages, l’environnement, le quotidien, l’objet, les nouvelles technologies et l’art industriel. Elle est professeure invitée à l’Écal (Lausanne) et intervient régulièrement à l’ÉNSCI les ateliers.

Jeanne partage une anecdote à propos de Maroussia: « Le tout premier exercice était d’imaginer un espace inhabitable — tous les étudiants avaient fait des maquettes et Maroussia avait conçu une tapisserie, comme un papier peint avec un motif de la tête de son père. » rendant « l’espace inhabitable. » ! Maroussia précise que la transmission se nourrit de ce que la famille lègue mais aussi des rencontres que l’on peut faire dans la vie et les chemins auxquels on s’accroche ; la transmission que l’on choisit. « Jeanne ici présente est un modèle de femme qui pense, qui écrit, qui théorise, qui travaille dans la culture et moi je voulais être comme ça à son âge. Ça m’a aidé à échapper à ce que mes parents pouvaient projeter de ce que je pouvais être…donc merci pour cette inspiration profonde. »


Gypsy Ferrarico-fondatrice du Consulat et co-fondatrice du réseau de femmes Bisou Bouche

« Un mentor c’est un accompagnement sur plein de moments de vie »

« Maroussia m’a appris à être libre, notamment avec mes vêtements, à tester, explorer les possibilités…des conseils que j’ai appliqués et étendus à ma façon d’être et de voir le monde, et ce, depuis ma rencontre avec Maroussia chez Andrea Crews jusqu’à aujourd’hui. »

« Bisou Bouche, un club de meufs qui organise des soirées à Paris pour mettre en avant des talents et prôner un art de vivre festif et engagé ». Transmettre c’est aussi une idée du partage, pas forcément d’une génération à l’autre, mais s’adresser « à la nôtre, à nos semblables, pour créer une société plus ouverte et bienveillante ».

« On organise des soirées comme Strip for Humanity qui est avant tout une soirée caritative dans le but de récolter des fonds au profit d’associations oeuvrant pour les droits de la communauté LGBTQ+. Le Petit Palace se transforme le temps d’une nuit, en un strip club anti-conformiste, qui casse les normes et les codes établis. Performers, strippers, trans, des hommes, des femmes s’engagent en dansant pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. On prône tolérance, sensualité et partage »

La dernière édition en date : ‘Strip 4 Womanity’ consiste à se déshabiller pour l’humanité et l’argent récolté durant la soirée est reversé à une association : La maison des femmes du 93.


« Lignes de vie » fût également une magnifique occasion de lancer le mentoring Wise Women  ︎︎︎ APPEL À PROJETS