MARIE
THUMERELLE


Jury Appel à Projet 2022


« Le cœur est au milieu »






Une interview d’Hélène Altmann





Rencontrer Marie Thumerelle, c’est faire mille rencontres. Une cascade de cheveux blonds, un regard qui pétille, une énergie qu’on sent à chaque mouvement, Marie est dans l’humain et l’action. Quand elle commence à parler d’elle, elle présente d’abord son frère Alex avec qui elle a fondé OFR. Rencontre avec une passionnée des rencontres dans le petit café à côté d’OFR.



Tu viens de fêter tes 26 ans ! Raconte-moi.
Les 26 ans de OFR ! OFR c’est une librairie galerie qui fait de l’édition. Au départ c’est une idée de mon frère et moi. Mon frère s’appelle Alex, je suis fan de ce garçon. Il a énormément d’énergie et d’idées, qu’il arrive à concrétiser.



L’idée, vous l’avez eue quand ?
On a 20 ans, je suis en fac de sociologie parce que j’adore les gens, lui fait des études de cinéma. Quand tu es étudiant en fac ce qui est fantastique c’est que tu as du temps pour toi. Et nous, ce temps, on en a fait quelque chose.

Mon frère fait des courts, moyens et longs métrages. Pour les diffuser c’est long. Nous on a envie de raconter des choses. Vite. Alors on se dit qu’on va faire un magazine sur Paris parce que c’est une ville qu’on aime et où il se passe des choses. Mais on n’a pas d’argent.



Il y a toujours des mais. Pas d’argent mais des idées et de l’énergie.
Toujours ! On fait un magazine gratuit et on veut le diffuser dans des lieux précis de la capitale, pour raconter la ville, le culturel, le créatif. On fait tout nous-mêmes avec une équipe d’apprentis journalistes et photographes, pas payés évidemment.



Comment s’appelle le magazine ?
Prétextes. On réussit à en autoéditer 5, mais notre force c’est la diffusion. A l’époque on charge nous-mêmes la Renault 5 avec les magazines. C’est physique, on est dans l’action.



On est en quelle année ?
1996. L’époque où tu arrivais à payer ton loyer en faisant des petits boulots à côté. Nous on a des boulots d’étudiants, on est organisé, concentré, rigoureux. Mais notre magazine s’essouffle, on n’a pas assez d’argent pour le faire vivre. Pourtant on a créé quelque chose : un réseau de diffusion. Un vrai, avec des lieux d’exception. Beaubourg, la MEP. On ne peut pas faire notre magazine ? On va faire avec d’autres magazines.



Le début de la librairie ?
La genèse. Moi ce que j’aime ce sont des magazines comme The face, comme ID. A l’époque on ne les trouve que dans les kiosques d’aéroports. Alors on contacte les éditeurs et on leur propose de diffuser les titres grâce à notre réseau de diffusion.



Quelle a été leur réaction ?
Ils ont halluciné. On leur offrait la diffusion dans des lieux incroyables et ils n’avaient rien à payer. C’est l’époque où Colette a ouvert. Ils se sont retrouvés chez Colette.



Il n’y avait pas que ces magazines connus ?
C’est ce qui a été génial. Sans nous il y a beaucoup de petits magazines très qualitatifs qui n’auraient eu aucune diffusion. C’est comme cela que s’est construit le réseau OFR. Dans le mouvement.



De la réflexion à la manutention…
Voilà, on ne diffuse que ce qu’on aime. Les gens le sentent aujourd’hui : ce qu’on trouve chez nous vient du cœur. Du cœur de mon frère et moi. On sait exactement ce qu’on propose. On est là tout le temps. OFR c’est ouvert tout le temps, et on connaît tous les livres et magazines qu’on propose.



Avant d’arriver à la librairie galerie rue du petit Thouars, il y a eu quelques déménagements, manutentions et actions ?
Oui au départ on avait un local pour stocker tous les magazines. En fait c’était le local pour stocker les vélos ︎ on a cherché du côté du Canal Saint Martin, personne n’y allait dans ces années-là. On a trouvé un local, on y met des palettes, des palettes, encore des palettes. Ce local devient le premier OFR et s’est transformé petit à petit en librairie, rue Beaurepaire.



Pourquoi cela s’appelle OFR ?
Le premier magazine, Prétextes, était gratuit. On avait écrit en gros Zéro Franc dessus. C’était écrit en tellement gros que petit à petit les gens ont dit OFR, et c’est devenu vraiment OFR. Aujourd’hui cela veut dire Open, Free et Ready !



Et des magazines aux livres, quel a été le chemin ?
Dans tous ces magazines, il y avait des photographes qu’on aimait, comme Mario Testino. Quand on a su par exemple qu’il allait faire une exposition, on a commencé à acheter des livres. C’est devenu tentaculaire !



Et des livres à la galerie ?
C’est simple, au départ les murs de la librairie étaient blancs…on s’est dit que ce serait bien d’y accrocher des photos. Le premier à exposer chez nous a été Jamel Shabbaz…



La liste s’est allongée depuis…
Depuis 26 ans ! On édite beaucoup aussi parce qu’on aime Paris et qu’on a envie de faire connaître des gens. (NDLR pour des histoires et anecdotes sur Raf Simons, Phoenix,  Jurgen Teller, Virgil Abloh et autres, vous pouvez me contacter ︎)



Aimer et connaître les gens : aimer et faire connaître les femmes aussi.
Là encore c’est une histoire de cœur. Marie Schneier est une amie depuis longtemps. Quand elle m’a proposé d’être jury pour l’appel à projets de Wise Women, j’ai dit oui. C’est quelque chose de nouveau, et cela va forcément apporter quelque chose en plus.



Le côté féminin de la chose ?
Je suis hyper heureuse et chanceuse. Je suis née en France dans les années 70. Etre afghane aujourd’hui c’est l’enfer. Je ne suis pas « pro femme » je ne me vois pas me plaindre. Il y en a qui ont bossé avant pour nous pour les droits qu’on a aujourd’hui. Si des droits sont remis en cause alors oui, là, battons-nous ! Moi de mon côté je peux apporter ma vision, mon sens de l’image, mon cœur.



Encore une histoire de cœur.
Le cœur est toujours au milieu.



Ce sera le mot de la fin, en tout cas celle de l’interview de Marie Thumerelle, que je suis naturellement chez OFR, pour bavarder avec Alex.