OWLLE 


Jury Appel à Projet 2022

Une interview de Emmanuelle Hutin



INTERVIEW OWLLE  WISE WOMEN – 24 Octobre 2022


Rencontrer Owlle c’est découvrir un univers inédit et singulier, où une parole vraie et sincère cohabite avec une aisance incroyable à naviguer dans un imaginaire virtuel.
Owlle est compositrice, auteure et interprète. On entre direct dans le sujet de son dernier album, Folle Machine, sorti en mars dernier.


Folle Machine n’est pas qu’un album, il a été créé pendant le COVID, je me suis vraiment amusée. On ne pouvait pas voyager, les photographes que j’aimais étaient loin, je me suis demandée comment, de ma chambre, je pouvais faire en sorte que cet univers soit hyper vaste et riche. Je suis tombée sur un duo de créatifs, Gourou Phong, photographes qui travaillent la 3D. Pour la première fois, j’ai été touchée par la 3D.
Ensemble on a créé comme des chapitres autour de mon album. À partir de scans qu’on a fait de moi dans une machine spéciale, on a développé des mondes. Tant tôt j’étais dans une voiture à Los Angeles avec un hippocampe en béton à côté de moi. Tanttôt avec un chat sphinx (sans poil) géant.

Avant cet album, je suis passée par une phase compliquée où j’avais perdu tous mes repères. Je travaillais jusque-là avec des majors. Pour Folle Machine, j’ai monté mon label, une façon de m’émanciper dans mon métier. Ça me faisait un peu peur parce que je n’avais pas tous les rouages techniques, la musique c’est un écosystème compliqué et obsolète que j’ai essayé de réduire au maximum.

Ce chaos avant mon dernier album, je l’ai presque trouvé jouissif, comme une renaissance.
Folle Machine, c’est un album qui traçait, où, pour la première fois, je n’avais pas de doute sur ce que je racontais.


Mais d’où vient « Owlle » ?
Ça date de l’époque de MySpace où il fallait se trouver un pseudo. Je suis tombée sur ce mot owl- hibou en anglais - que je trouvais hyper beau, ça me correspondait complètement. Je l’ai re-orthographié en le féminisant et « Owlle » est resté ensuite.


Et avant « Owlle » ?
J’ai fait Les Beaux-Arts de Paris. J’ai toujours chanté, mon instrument c’était ma voix. De manière autodidacte, j’ai compris que je pouvais passer par d’autres outils, notamment l’omnichord, une harpe électronique des années 70 qui est hyper intuitive. Très vite, j’ai rencontré des partenaires qui ont cru en moi et j’y suis allée tête la première.
J’ai sorti mon premier album en 2012, puis un deuxième avant Folle Machine et en parallèle des collaborations. (Hollysiz, Vitalic, Cassius..)


On peut te voir sur scène bientôt ?
Le 19 novembre, je fais un co-plateau avec Vendredi Sur Mer à l’Elysée Montmartre. J’ai écrit un titre sur lequel je l’ai invitée à écrire un bout de la chanson.
En septembre j’ai fait le premier concert virtuel d’Arte, 5000 personnes pour un live virtuel et interactif, une expérience folle. Le concert est toujours en ligne sur le site, avec le making of qu’il faut regarder pour bien comprendre la réalisation de ce concert virtuel.


C’est comment d’être une femme dans la musique ?
Une phrase me fait toujours rire quand je termine des chansons et que les maisons de disque me demandent « Tu veux travailler avec quel producteur » ? Pourquoi un producteur alors qu’il y a plein de productrices talentueuses ?  Et pourquoi il faudrait que ça passe dans les mains d’un homme pour que ce soit fini et écoutable ? C’est un milieu qui reste très masculin.
J’ai toujours été entourée de femmes, mes deux manageuses, mon éditrice. Il y avait quelque chose de rassurant dans le fait d’être entourée de femmes plus âgées, qui étaient déjà très installées dans leur métier.


Un peu des mentors ?
Oui complètement.


Il y a une forme solidarité entre les femmes dans la musique ?
C’est tranché, il y a celles qui soutiennent et celles qui soutiennent parce que « ça fait bien ». J’ai été souvent déçue, la musique c’est très compétitif. C’est humain d’avoir peur, d’être envieux, d’autant que le monde nous demande en permanence de réussir. Une fois qu’on remettra au bon endroit ce qu’est la réussite, ça changera tout et on se laissera un peu plus tranquille. Ce n’est pas aussi beau qu’on aimerait que ce soit mais le milieu de la musique est en train de changer.


Puisqu’on parle de solidarité entre femmes, c’est quoi ton histoire avec Wise Women ?
J’ai rencontré Séverine (Redon) il y a très longtemps, quand je commençais la musique. J’ai été invitée aux premiers événements Wise, ça m’avait permis de rencontrer des gens dans des réseaux qui n’étaient pas forcément les miens. A l’époque c’était plutôt novateur, j’avais trouvé ça chouette.


Tu es membre du jury de l’appel à projets dans la catégorie Musique et Cinéma. Ça te fait quel effet ?
J’ai été hyper touchée et honorée qu’on me convie à participer à ce jury. Même si ça m’impressionne beaucoup d’être du côté jury après avoir participé à de nombreux appels à projets, je pense avoir le regard pour comprendre si un projet a vocation d’aller quelque part ou non, pour percevoir la maturité ou le potentiel. Je suis de nature curieuse, j’aimerais bien voir aussi les projets dans les autres catégories.


Tu attends quelque chose de Wise Women ?
Wise Women nous permet de nous rencontrer et c’est déjà beaucoup. Je ne suis pas une Parisienne de base et ce n’est pas si intuitif de rencontrer des gens. J’ai un métier où je peux être isolée devant mon ordinateur ou en studio. Parfois le temps passe et on se rend compte qu’on perd un peu le lien. En ça, Wise Women va peut-être me permettre des connexions inattendues. En dehors de la musique, je fais aussi des choses plus plastiques, j’ai d’autres portes aujourd’hui à ouvrir et c’est bien de créer des réseaux un peu nouveaux. Avec mon troisième album Folle Machine, j’ai exploré des médias différents avec de la 3D, avec l’image virtuelle. J’ai maintenant envie de créer des pièces qui soient issues de l’univers que j’ai créé pour l’album.


Pour finir, ma question fétiche : trois femmes que tu aimerais rencontrer ?
Kate Bush, Cindy Sherman et parce qu’elle m’a permis de commencer à chanter : Celine Dion!
Pour une fois, ce sont des artistes que je connais ;) Je repars avec Owlle dans mes oreilles dont je découvre enfin la musique et l’envie d’écouter Sevdaliza et Lykke Li qu’elle cite dans sa famille artistique.