VALENTINE
GAUTHIER





« Aimer la femme, la sortir de ce fameux carcan qui l’enferme dans des stéréotypes. »






Une interview d’Hélène Altmann





J’ai rendez-vous à la boutique du 88 boulevard Beaumarchais. Rouge à lèvres flashy, chemise et jean blancs, pull bleu marine, sandales sublimes, Valentine Gauthier et son sourire m’attendent. On est un peu comme à la maison, avec un petit café et des amies, enfin des clientes, qui entrent et sortent.


Le prochain dîner Wise Women a lieu ici, dans ce lieu qui regroupe les boutiques, le studio et le showroom. On a beaucoup de chance. Comment as-tu connu Wise Women ?
Je connais Séverine (Redon) depuis très très longtemps. Je venais de remporter le festival international de mode de Dinard, c’était donc en 2006. On s’est suivies, j’aimais bien ce qu’elle faisait avec la Villa Rose et la communauté de femmes dans l’art.





Tu étais toi-même déjà assez engagée ?
Les histoires de femmes, il faut les raconter telles qu’elles sont. Il y a beaucoup de choses qui ne me vont pas dans le féminisme assez agressif d’aujourd’hui. Avec ma marque, j’aime bien mettre des femmes en avant. Proposer un discours global autour d’un art de vivre, faire parler des femmes qui ont des choses à racon



Par exemple ?
Faire parler des influenceuses ne m’intéresse pas du tout. Je suis assez radicale et ne veux pas entrer dans ce système-là. Mais plutôt que de dire simplement non, je suis allée chercher des jeunes femmes dans des secteurs différents. Je voulais montrer qu’il y a des filles extraordinaires et qui ont des choses à dire. Leur faire choisir des vêtements, pas forcément de ma marque, et les photographier dans leur espace de travail, de vie.



Qui as-tu mis en avant récemment ?
Audrey Guimard (artiste, sculptrice et scénographe), Céline Chung (fondatrice de Petit Bao) Lia Rochas (artiste). Mettre ces personnalités en avant crée une synergie et génère des envies. Ça me plait de parler d’elles, de montrer ce qu’elles font. Elles n’ont pas forcement l’occasion ou les moyens d’être mises en avant. Par le biais de ma marque, elles ont un petit coup de projecteur.



Chez Wise aussi tu as réalisé des connexions ?
Mon amie d’enfance, Carole est entrée au bureau comme trésorière. On se connaît depuis qu’on a 14 ans. J’ai aussi rencontré Célia au dernier dîner Wise à la Caserne. Elle m’a dit qu’elle cherchait un lieu qui fasse sens pour se réunir toutes. C’est comme cela que je lui ai proposé le showroom. Cela s’y prête, le studio a été conçu pour cela. On y a déjà fait des diners auparavant.



Justement, depuis quand ta marque existe-t-elle ?
Depuis 2009. Depuis le départ je suis très engagée. J’ai d’abord fait des études d’ingénierie en écologie. La marque a été conçue sur ses principes là.  J’ai remporté le grand prix de la ville de Paris en 2019, notamment sur ces valeurs. J’adore la mode, enfin le vêtement.



Tu parles plus de vestiaire que de mode…
Le mot mode est galvaudé. L’idée est d’amener la femme à se sentir à l’aise dans un vêtement du quotidien, à le garder de saison en saison et qu’elle puisse le mixer avec d’autres. Qu’elle se sente belle. Aimer la femme, la sortir de ce fameux carcan qui l’enferme dans des stéréotypes.



La partie créative de la marque est ton domaine de prédilection
C’est ma partie égoïste. Il y a toujours une histoire, une pensée positive ou un fond artistique derrière la collection



Cette saison justement, qui t’a inspirée ?
La collection s’appelle Mirèio. Cela signifie Mireille en provençal. C’est le titre du roman de Frédéric Mistral qui raconte sa plus belle histoire d’amour. On a donc des imprimés, comme le Colorado provençal, qui suggèrent des histoires, des lieux, des lumières. Tout est suggéré. On y voit ce qu’on a envie d’y voir.



Dans ta quête de sens, que veux-tu proposer aux femmes ?
Qu’il y ait un sens. Chaque pièce a une histoire, chaque matière, chaque couleur. Tout prend du temps, je ne fais jamais de concessions.
En dehors du savoir-faire il y a une vraie recherche. En termes de matières propres, on peut être limité. On retrouve ainsi des matières oubliées. Comme la bourrette de soie par exemple. Quand j’ai commencé, le green était pour moi naturel. Alors que c’était vu à l’époque comme une mode un peu baba cool. Il fallait réinventer un langage, sans l’imposer. Suggérer là encore.



Tout est écrit chez toi si on cherche. Sur les étiquettes par exemple. La matière, les partenaires. On sait d’où vient le tissu, avec qui tu travailles.
Oui, si on cherche on trouve, mais on n’impose rien. Ce n’est pas un argument. C’est l’esprit.



Ceux qui en parlent beaucoup sont souvent sont qui en font le moins…
Pas beaucoup en tout cas. Il y a un côté vulgaire. Pas honnête.



Un côté pas Valentine Gauthier du tout…